Souvenirs tî Ködro

Souvenirs du pays

 

Sapoua, 1968.
J'avais 6 ans, c'était la rentrée des classes en ce premier octobre 1968 Mon Oncle venait d'être nommé directeur de cette école de brousse. Sapou était un petit village de cultivateurs situé à environ 38 kilomètres au sud de Berbérati, sur la route reliant Salo-Nola à Berbérati. A cette époque il devait y avoir moins de deux cents cases, sertipant le long de la route de latérite. Mon oncle avait insisté pour que je parte avec lui de sorte qu'il puisse mieux me contrôler. J'étais un passable agitateur très actif dans cette petite base de la compagnie de gendarmerie de Berbérati. Tous les gendarmes connaissaient ce bout d'homme hyper actif, toujours prêt à faire les pires conneries, grimpant aux manguiers comme un écureuil et courant de bout en bout du camp à longueur de journée. Lingoupou et Magallé étaient de jeunes officiers de gendarmerie qui n'hésitaient pas à convoquer mon père afin de s'enquérir de mon agitation. Papa n'avait pas trop longtemps hésité sur mon sort pour accompagner Oncle Béra Magloire. Mais le cas de mon frère aîné, Jean-Claude, était un peu moins évident. Il a toujours été le fils modèle, beau, affable, très calme et très respectueux. Toute la caserne n'avait jamais de mots assez mielleux pour le décrire. Tout mon opposé ! Maman ne voulait pas du tout. Ni Papa. Mais comme je partais alors ils ont du se forcer à laisser Jean-Claude venir avec nous, je crois que c'était beaucoup afin qu'il puisse prendre soin de moi. Jean-Claude était déjà inscrit à l'école préfectorale de Berbérati et avait commencé de très belle manière. Il montait en classe de CE1 lorsque nous partîmes pour Sapoua
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Je suis un très bon chasseur de gazelles. A Sapoua, elles venaient avant la tombée de la nuit brouter à la lisière du village. Parfois on les rencontrait près des marigots où, avant le crépuscule, nous allions collecter de l'eau que nous portions ensuite sur nos têtes et ramenions à la case.
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Une de mes activités préférées étaient les barrages faits avec des branchages sur les petits cours d'eau. Les femmes du village étaient en charge de ces taches de grands travaux et les garçons couraient tout autour, taquinant les jeunes filles qui se réfugiaient parmi les plus agées. Nous aimions désigner nos "épouses", mais les rattraper pour le leur dire n'était pas une mince affaire. La construction des barrages se faisait souvent au cours d'après-midis ensoleillés et, lorsque le cours d'eau était bloqué, commençait alors une scène très folklorique ou chants et gestes de bras puisaient l'eau désormais stagnante et la balançait au delà du point de barrage. Le barrage coupait le cours d'eau en un segment, l'eau continuant à couler dans un nouveau lit improvisé sur un des cotés. Parfois les deux. On appelait cela "Iri ngo ngu". Les chants redoublaient de force lorsque les femmes apercevaient les premiers poissons coincés dans la boue, surtout les écrevisses...
Ce soir là, rentrés de la collecte avec des calebasses remplies de petits poissons et d'écrevisses chatoyantes, on voyait des petits fours creusés sous le foyer dans le sable des feux de cuissons. Les poissons et écrevisses étaient embaumés dans des grandes feuilles de plantes poussant au bord de l'eau, assaisonnés, salés et pimentés, les paquets étaient ensuite enfouis sous les foyers. Pendant que l'eau de la boule manioc chauffait au dessus du foyer de pierre place en face de l'entrée principale des cases, les poissons cuisaient à l'embaumée... On disait "a mbumba ni mbumba ngo"...
Succulents souvenirs du village de Sapoua, village de mon enfance
innocente...

Honoré Yadaba
Enfant de Sapoua, exilé du monde.

Avec l'aimable autorisation d'Honoré Yadaba
Singîla mîngi, îtä tî mbï

La  départ !